
Le nouvel album d’And Also The Trees, "The Devil's Door", est comme toujours un ravissement. C’est leur dix-septième livraison studio depuis les débuts en 1980 et seulement le troisième avec le dernier et même line-up, comprenant notamment le clarinettiste et multi-instrumentiste Colin Ozanne. Ce disque clôt donc une sorte de trilogie des plus séduisantes et romantiques, parfois méditative et toujours captivante.
Prémonition, qui n’a eu de cesse de suivre avec attention le groupe des frères Jones, ne pouvait rater l’occasion de soumettre une fois de plus à la question le charismatique chanteur Simon Huw Jones afin d’avoir quelques clés permettant d’ouvrir en grand cette nouvelle porte du Diable qui donne accès à la fois à leur monde rural réel et mystérieux et à un autre plus maritime et fantasmagorique. "The Devil’s Door" est une invitation au voyage vers un au-delà onirique mariant le chaud et le froid, entre lumière et arborescence ombragée. Place à l’artiste, Simon Huw Jones, qui nous répond depuis Genève, ville qu’il habite depuis la fin des années 90.
Prémonition, qui n’a eu de cesse de suivre avec attention le groupe des frères Jones, ne pouvait rater l’occasion de soumettre une fois de plus à la question le charismatique chanteur Simon Huw Jones afin d’avoir quelques clés permettant d’ouvrir en grand cette nouvelle porte du Diable qui donne accès à la fois à leur monde rural réel et mystérieux et à un autre plus maritime et fantasmagorique. "The Devil’s Door" est une invitation au voyage vers un au-delà onirique mariant le chaud et le froid, entre lumière et arborescence ombragée. Place à l’artiste, Simon Huw Jones, qui nous répond depuis Genève, ville qu’il habite depuis la fin des années 90.
Photo Sbébastien Faits-Divers | Rushs du tournage de "The Silver Key"
Comment avez-vous travaillé sur cet album ? Tous ensemble dans une même pièce, ou à distance ?
J'ai toujours travaillé avec des fichiers ou à partir de bandes. Justin est la source créative et il nous envoie ses parties de guitare en fonction de qui, selon lui, devrait les écouter en premier. On n'a pas travaillé tous ensemble sur de la musique depuis le début des années 80… C'est une belle idée, un peu romantique, mais malheureusement, ça ne fonctionne pas pour nous.
Où cet album a-t-il été composé et enregistré ? Dans le Worcestershire ? À Genève ? Ou les deux ?
Paul et Grant ont enregistré la basse et la batterie dans le Herefordshire, dans cette vieille grange où nous enregistrons depuis quelques années. Elle est située à côté d'un vieux manoir très pittoresque, et même hanté, si vous croyez à ce genre de choses. Mais nous enregistrons là-bas parce que, aussi surprenant que cela puisse paraître, c'est moins cher que n'importe quel autre endroit que nous aurions pu trouver. Justin et Colin ont enregistré à Londres, où j'ai d'abord enregistré les voix, avant de les réenregistrer dans un club social sur les collines de Malvern. C'est Justin qui m'a enregistré, en fait… La vue panoramique sur le Worcestershire depuis Malvern est vraiment impressionnante. C'était la première fois que je rentrais "chez moi" depuis des années, et c'était vraiment agréable d'être là, tous les deux, surtout dans ces conditions.
Comme toujours, il y a un morceau instrumental sur l'album. Et même deux ! Est-ce que vous vouliez les utiliser comme une pause ou parce que vous pensiez que les morceaux n'avaient pas besoin de paroles ?
Ça fait du bien de faire une pause avec le chant. J'essaie depuis un certain temps de créer un album dont la face B serait entièrement ou presque instrumentale, comme "Low" et "Heroes", mais je n'y arrive jamais.
Pourquoi l'un des morceaux s'appelle-t-il "Rooftop" ?
À vous de le découvrir.
Comme d'habitude, vous travaillez sur les paroles à la fin du processus créatif ?
Mes paroles et mon chant sont une réaction instinctive à la musique. Parfois, quand Justin me donne ses parties de guitare avant tout le monde, les paroles me viennent tôt et les autres musiciens réagissent à ma voix autant qu'aux guitares ; d'autres fois, j'interviens plus tard. Idéalement, une idée de paroles naît au moins en partie avec le chant. Je n'écris pas les paroles avant d'avoir essayé une partie vocale ; je me fie entièrement à ma réaction instinctive.
Y a-t-il des chansons aussi sur cet album qui ont été conçues dès le départ avec une grande précision par Justin, comme cela avait été fait avec certaines de "Born Into The Waves" ?
Cette fois-ci, Justin a donné à chacune de ses compositions un titre provisoire inspiré de tableaux qu'il avait récemment vus dans des musées londoniens. Ce n'étaient que des suggestions, mais même lorsque je ne basais pas mes idées sur ces titres, ils restaient présents, comme un thème sous-jacent.
As-tu beaucoup travaillé sur les paroles ou sont-elles venues naturellement, comme un flux de conscience ? Ou en rêve ?
Je travaille toujours beaucoup sur les paroles c'est sûr, c'est ma vie depuis toujours. Certaines chansons viennent très vite, d'autres demandent plus d'attention. Justin et moi, en particulier, avons travaillé des heures et des heures… des semaines même… sur deux chansons, jusqu'à la folie, et au final, elles ne figurent même pas sur l'album, hahaha… mince. L'une d'elles m'est restée en tête pendant toutes mes vacances d'été en Grèce. Tant pis… c'est la vie. D'autres me viennent comme un rêve, ou plutôt comme en rêve, et je les aime pour toujours… sans jamais cesser de me demander d'où elles peuvent venir.
On retrouve très souvent des morceaux oniriques dans And Also the Trees. Musicalement parlant, ou au niveau des paroles, comme "The Trickster", par exemple…
Oui, "The Trickster", avec l'accordéon de Colin… oui, c'était vraiment sympa. Il m'a fallu un certain temps pour comprendre qui se faisait avoir (un "trickster" est un filou, un entourloupeur -ndr).
Ce morceau est le plus surprenant de l'album, avec une ambiance française incroyable, non ? C'est peut-être mon préféré du moment, avec "Silver Key" et "I Lit a Light"…
Oui, c'est surprenant. Justin est incroyable pour créer des ambiances et des approches différentes, et il est un véritable instigateur. Colin, qui vient du monde du jazz, a un parcours musical différent du nôtre, celui de punks autodidactes. Du coup, on a droit à ces belles surprises.
« Si tu parles des morceaux d’ouverture, ces hymnes entraînants et dramatiques… Je croyais qu’on n’avait jamais arrêté ! »
Dans les années 90, vos albums commençaient par des morceaux tonitruants et mélodieusement imparables, véritables temps forts tant sur disque que sur scène. Cette habitude semble bien loin aujourd’hui. Volontairement ou avez-vous le sentiment de ne plus être capable d’écrire ce genre de chansons ?
Je crains de ne pas bien comprendre. Si tu parles des morceaux d’ouverture, ces hymnes entraînants et dramatiques… Je croyais qu’on n’avait jamais arrêté, hahaha… Et "Your Guess", franchement… Tu veux quoi ? Du sang (rires) ?
T’es-tu imprégné de l’intimité de tes personnages ? Dans "Crosshair", par exemple ?
Je m’imprègne toujours de l’intimité de mes personnages. Sur scène, j’ai souvent l’impression de devenir eux… que je le veuille ou non… C’est aussi pour moi une façon de me souvenir des paroles. Ceci dit, dans "Crosshair", nous sommes de simples observateurs. En y réfléchissant, je crois que je passe souvent du rôle d'observateur à celui de protagoniste. J'imagine que c'est finalement ce que j'aimerais que l'auditeur fasse aussi… s'il en a envie.
Comme toujours, les éléments, l'air, la terre et l'eau, surtout, sont très présents dans vos chansons. "As I Dive", par exemple…
"As I Dive", ça vient de Justin. Quand on écoutait mon idée de voix, accompagnée de paroles complètement vides de sens, il a dit : "C'est une rivière. Qui coule." Et bien sûr, il avait raison, alors je me suis dit que je ferais mieux de plonger dedans. Je ne sais pas pourquoi l'eau est si présente dans mes textes. Je ne m'en étais même pas rendu compte avant une interview pour l'album "The Bone Carver", quand le journaliste m'a demandé : "Vous êtes visiblement obsédé par la mer… pourquoi ?". J’ai pensé qu’il exagérait, et je le lui ai dit. Mais après réflexion, en parcourant rapidement les titres des chansons, j'ai compris son point de vue. "Green is the sea, and also the trees". Curieusement, je viens des Midlands, donc ce n'est visiblement pas dû à la présence de l'eau dans ma vie. Peut-être est-ce le frisson ou le profond émerveillement que ressentent les habitants des Midlands lorsqu'ils retournent à la mer.
Votre album, et en particulier la chanson "The Silver Key", est empreint d'ambivalence : nuit et jour, renard et faucon, vie et mort, froid et chaleur, lumière et obscurité, rivière et ciel, désert et forêt…
Tiens… Je ne m'en étais pas rendu compte. "The Silver Key" a été ma préférée dès le début et les images fortes lui correspondent parfaitement. C'est une musique assez dramatique.
« Tu interprètes cet album et ces chansons d’une manière à laquelle je n’avais pas pensé moi-même, ce qui me convient parfaitement. »
Cela semble logique, car le titre de votre album évoque un passage entre deux mondes, un passage sombre et effrayant, particulièrement présent dans les deux premiers morceaux : "The Silver Key" et "Crosshair", ainsi que dans "Return of the Reapers" qui évoque le Diable et sa faux. On finit par retrouver la lumière près de la porte dans "I Lit a Light" ou "As I Dive" lorsqu'après avoir eu la tête sous l’eau, tu remontes à la surface…
Tu interprètes cet album et ces chansons d’une manière à laquelle je n’avais pas pensé moi-même, ce qui me convient parfaitement… J’aime quand les chansons peuvent être interprétées de différentes façons. Tu as suggéré que la porte du diable représente un passage entre deux mondes, ce que j’apprécie, mais l’interprétation diable/faucheurs me plaît moins car elle n’a rien à voir avec cette chanson, qui décrit simplement un passage du temps où des ouvriers rentrent du travail et où l’on voit une jeune fille enlever ses chaussures et s’asseoir. Il n’y a rien de plus à interpréter.
Le titre "The Devil’s Door" et cette chanson qui évoque les faucheurs n’ont donc rien d’intentionnel et il n’y donc aucune connotation de mort dans cette chanson ?
Aucun lien. J’ai perçu "Return of the Reapers" comme une peinture, puis j’ai imaginé son évolution. Elle n’est pas censée être allégorique ni avoir de signification cachée.
Photo Sbébastien Faits-Divers | Rushs du tournage de "The Silver Key"
« Comme Justin l'a si justement dit un jour, nous sommes des artistes qui font de la musique, plus que des musiciens qui font de l’art. »
Les chansons d'And Also the Trees évoquent d’ailleurs toujours des peintures ou des photos, existantes ou non, et très souvent des paysages ruraux, impressionnistes ou réalistes. Comment expliques-tu cela ? Le fait que vous ayez grandi dans la campagne anglaise ?
Oui, je suppose que le paysage rural coule toujours dans nos veines et, comme Justin l'a si justement dit un jour, nous sommes des artistes qui font de la musique, plus que des musiciens qui font de l’art.
Vous avez écrit des chansons poétiques et d'autres très cinématographiques, toutes visuellement très expressives. L'histoire d'un assassin dans "Crosshair", par exemple. Ou "I Lit a Light". Ou "The Rifleman’s Wedding". Ou encore "Return of the Reapers", qui semble en effet évoquer un tableau. En y repensant, j’ai cherché "Le Retour des Faucheurs" sur Google et je suis tombé sur celui d’Henry Herbert La Thangue. A-t-il inspiré la chanson ?
Je n’ai pas vu ce tableau, je l’ai simplement imaginé et j’ai continué à explorer l’idée. C’était le titre provisoire de Justin. Quant aux autres… parfois, ces titres provisoires servent de point de départ, parfois non. Quand je travaillais sur la chanson"The Rifleman", je préparais un voyage en Italie pour le mariage de notre ingénieur du son, Matt Devenish, et sans réfléchir, mais parce que l’idée m’était venue, j’ai juste chanté "The Wedding…" et le reste a suivi. Mais j’avais toujours ce fusilier en tête et je vois très clairement tout le reste : sa fiancée, les enfants qui regardent, les boutiques, la rue tranquille et le paysage.
"The Silver Key", la clé d’argent, ouvre "The Devil’s Door". Permet-elle d'ouvrir la porte du diable ? Vaut-il mieux ouvrir la porte du diable ou la fermer ?
La porte du diable peut avoir différentes significations. En tant que titre, elle peut représenter bien des choses. Justin l'imaginait comme un passage maritime dangereux entre des rochers ou un port réputé dangereux ; ma femme y voyait la tentation ; et un vieil ami y voyait la porte du "Old Bull", notre pub habituel de jeunesse. Pour moi, dans la chanson, c'est plus abstrait.
"The Silver Key" ouvre aussi l'album. Volontairement ? Saviez-vous dès le début du processus créatif que cette chanson l'ouvrirait ?
Non, c'est arrivé par hasard et, pour être honnête, je n'y avais pas pensé jusqu'à présent.
La Porte du Diable est, entre autres, un lieu en Crimée -Seytan Gapu- avec une falaise en forme d'arc près du mont Kara Dag. Une porte censée mener à l'enfer. Est-ce une source d'inspiration ?
Waouh, je ne savais pas ! Mais dans ce contexte, ce n'est pas la porte de l'enfer.
C’est simplement un lieu ou une image symbolique issue de ton imagination, si je comprends ?
Oui. C’est sorti de mon imagination et c'est plutôt une métaphore.
Comme toujours, tes paroles sont empreintes de poésie, notamment dans "Silver Key" et "I Lit a Light". Tu allumes une lumière, tu la suis et tu décris ce qu'elle te révèle ?
J’ai été aidé par l’expérience de marcher la nuit dans les ruelles étroites des villes et villages siciliens et italiens. Il arrive un moment où l’on s’arrête, avec le sentiment de ne pas être à sa place, pour une raison ou une autre… soit par peur du danger, soit par respect pour le fait qu’en tant qu’étranger, on n’a pas sa place dans un lieu aussi intime. Mais il y a aussi l’envie de continuer. À certains moments de notre vie, les relations peuvent être ainsi.
J’aime aussi la poésie de la phrase : "Et je vois l’éclat du Grand Nord glacé / S’estomper sur le flanc de la montagne / Dans la chaleur immense de la savane". Qu’est-ce qui t’a inspiré ?
J’imaginais voir la Terre d’une très grande hauteur, de l’espace même… toute sa beauté.
Il est surprenant de voir dans la même expression le Grand Nord glacial associé à la chaleur de la Savane. Comment expliques-tu cela ?
Je reconnais simplement l’immense diversité de notre planète.
Tu as déclaré que 2025 était une année de voyages et une année de musique. Ces voyages ont-ils inspiré certaines paroles ?
Non, la plupart de mes voyages étaient liés à mes deux autres projets avec Catherine Graindorge et Simon Ho. Deux albums distincts, puis les courtes tournées qui ont suivi. Une expérience formidable pour moi de travailler avec différents musiciens –et très amusante aussi.
Qu'est-ce que "Madrasaig" et où se trouve ce lieu que tu évoques dans la dernière chanson de l'album ?
"Madrasaig" est un nom que j'ai inventé. C'est un hybride formé à partir de deux villes de l'ouest de l'Écosse que j'ai visitées il y a quelques années.
Dans vos chansons, vous aimez naviguer d'un lieu à l'autre. Vous jouez avec l'espace, en quelque sorte…
Je suppose que oui, l'espace et le temps.
Le cinéma t’a-t-il aussi inspiré une chanson ? "The Silver Key" évoque pour moi une sorte de monde fantastique. Y a-t-il eu une inspiration littéraire ou cinématographique ? "Ladyhawke" de Richard Donner ?
Je ne connais pas "Ladyhawke". Un livre qui m’a influencé et inspiré est "Orbital" de Samantha Harvey, un roman fantastique qui m’a transporté au-delà de la Terre. Cela m'a permis de la voir comme je ne l'avais jamais vue auparavant.
La littérature est aussi, bien sûr, une source d'inspiration, et elle l'a toujours été : John Ruskin, Moravia, Camus, Aldous Huxley, entre autres. Aujourd'hui, je pense à Lovecraft et à sa nouvelle "La Clé d'argent" : la clé lui permet en quelque sorte de retourner à son enfance, à l'âge de dix ans, et son moi adulte disparaît de son temps normal. Comme vous êtes revenu dans le Worcestershire et que tu as commencé une autobiographie via la page Facebook du groupe, tout cela vous ramène peut-être, d'une certaine manière, à votre enfance ?
Possible. Ce n’était pas censé être une autobiographie. Je voulais écrire quelque chose de simple sur la naissance d’And Also The trees… quelque chose à publier en ligne pendant le confinement. Puis, plus j’écrivais, plus c’est devenu personnel, et c’est devenu quelque chose comme "Ma vie dans les Trees". Je ne retourne pas et ne retournerai pas sur mon enfance -même si Justin et Nick étaient presque des enfants quand on a formé le groupe.
« Nous avons tous été des enfants, et cet enfant est toujours en nous quelque part et refait surface de temps en temps. »
À "L’enfant en vous", "The Child Iin You", pour reprendre le titre d’une de vos chansons ?
Nous avons tous été des enfants, et cet enfant est toujours en nous quelque part et refait surface de temps en temps. Je pense qu’il faut préserver cet enfant plutôt que de l’étouffer -il peut nous apprendre des choses et maintenir notre émerveillement… nous rappeler ce que nous avons oublié.
Vous avez sollicité la collaboration de Catherine Graindorge et son violon pour certains morceaux de l'album. Je l'entends à la fin de "The Rifleman’s Wedding", mais je ne suis pas sûr pour le reste…
C'est uniquement sur "The Rifleman’s Wedding". À l'origine, on cherchait quelqu'un avec un accent étranger et une voix naturelle pour faire des chœurs sur quelques chansons, ce qu'elle a très bien fait, mais elle a aussi ajouté du violon, ce que nous avons trouvé magnifique.
Elle a fait la première partie de quelques concerts d'And Also the Trees, et vous avez collaboré sur certaines de ses chansons comme "Orpheus’Head". Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Nous nous sommes rencontrés après qu'elle a contacté le groupe pour savoir si je serais intéressé par une collaboration sur un projet intitulé "Songs for the Dead" inspiré de la tragédie grecque d’Euridice et Orphée et d’un poème d’Alan Ginsberg. Kirsten, membre de notre équipe de management, m'a dit : "On a reçu un mail de quelqu'un qui veut travailler avec toi, Simon… Je pense que tu devrais la prendre au sérieux. Je me suis renseignée et la dernière personne avec qui elle a travaillé, c'était Iggy." Ça m'a largement suffi… J'ai ensuite découvert qu'elle était une musicienne et compositrice fantastique, et une personne vraiment charmante.
Tout comme le son de guitare de Justin, proche de la mandoline, la clarinette de Colin Ozanne est devenue un son typique et classique des chansons d'And Also the Trees, comme si elle avait toujours fait partie du groupe. Colin est-il à la base même de certaines chansons de l'album ?
Si on appelle "The Bone Carver", "Mother-Of-Pearl Moon" et "The Devil’s Door" une trilogie, c'est en partie parce que la clarinette de Colin est présente sur les trois albums. La clarinette n'est pas l'élément central des morceaux ; elle s'intègre harmonieusement à la guitare de Justin, à ma voix, et à la musique en général. Il a cependant travaillé en étroite collaboration avec Justin. J'aime beaucoup la façon dont la clarinette traverse ces albums et les unit.
Les batteur et bassiste Paul Hill et Grant Gordon peuvent-ils être à l'origine d'une chanson d'And Also the Trees ?
Justin est la source, le cœur créatif du groupe, et tout part de lui. Le moment où chacun d'entre nous intervient dépend du morceau. Nous formons un groupe, chacun joue son rôle et est essentiel à la structure des trois derniers albums. Paul est un batteur extraordinaire et il ajoute parfois des éléments intéressants comme des sons de synthé étranges, de l'harmonica, des cloches… Il est très créatif et apporte une touche de folie bienvenue au groupe.
Le renard apparaît dans les paroles de deux chansons. Un animal symbolisant les contradictions de l'être humain et de sa conscience ? Un psychopompe qui vous aide à franchir la porte du diable ? Au Japon, le renard est parfois représenté avec une clé dans la gueule. Inari ou kitsune ?
Je ne sais pas pourquoi les renards sont venus à moi. Le deuxième renard est peut-être venu parce que le premier était là.
Le renard est un peu l'opposé du faucon, car il vit sur terre et dort sous terre, contrairement au faucon qui vit dans les airs. Mais tous deux peuvent vivre et chasser de jour comme de nuit, je crois…
En effet. Ils ont tous deux un œil perçant.
Post tenebras spero lucem, pourrait-on dire. Surtout en ces temps terribles où l'obscurantisme et la bêtise semblent régner sur la plupart des pays du monde…
Tu l’as dit.
La pochette de l'album est très différente des précédentes. De qui est la photo ?
La photo est encore de moi… comme pour les trois derniers albums.
Où a-t-elle été prise et qu'est-ce qui a motivé ce choix ?
Celle-ci a été prise en Suède. Justin l’a suggérée et l’a colorisée -une décision inattendue, mais j’aime bien. Quand on travaille sur les pochettes, on a déjà le titre de l’album en tête et on l’imagine avec les différentes photos que j’ai sélectionnées au hasard et envoyées à Justin. Comme souvent dans notre processus créatif, le choix est instinctif.
Avez-vous déjà travaillé sur la setlist ?
Pour la tournée ? Oui… J’y travaille aujourd’hui. On a joué soixante-seize chansons différentes en live depuis que Paul a rejoint le groupe en 1998. On en joue généralement une vingtaine et on aimerait en jouer sept nouvelles -le choix va donc être difficile.
Est-ce que chacun de vous quatre peut demander spécifiquement une ancienne chanson pour la setlist ? Ou refuser de la jouer, pour quelque raison que ce soit ?
C’est mon rôle de gérer la setlist, mais nous devons tous être d’accord et je suis ouvert aux suggestions. Nous savons que certains fans nous ont vus en concert de nombreuses fois et, pour eux comme pour nous, nous aimons varier les morceaux autant que possible. Mais notre point faible, c’est que notre temps de répétition est très limité. Nous ne pouvons donc pas nous permettre de passer des heures à peaufiner "Red Valentino", par exemple, pour qu’elle sonne suffisamment bien en live.
Y a-t-il des chansons du nouvel album que vous savez ne pas pouvoir jouer, pour une raison ou une autre ?
Oui, nous ne pouvons pas toutes les jouer, nous avons donc dû en retirer quatre, malheureusement. "Shared Fate" a besoin de timbales pour rendre justice au final, et nous n’en avons pas.
« La plupart des morceaux du premier album sont difficiles pour moi vocalement, et chanter des paroles que j'ai écrites entre vingt et vingt-cinq ans avec la même passion et la même conviction qu'à l'époque peut être compliqué. »
Y a-t-il d’anciens morceaux que vous ne pouvez plus jouer, pour une raison ou une autre ?
La plupart des morceaux du premier album sont difficiles pour moi vocalement, et chanter des paroles que j'ai écrites entre vingt et vingt-cinq ans avec la même passion et la même conviction qu'à l'époque peut être compliqué.
Vous faites la première partie de The Cure pour trois concerts à Nîmes l'été prochain. Robert vous l'a-t-il proposé personnellement ?
Justin et Robert communiquent par e-mail. Justin lui parlait du mixage de "The Devil's Door". Il lui a demandé où nous allions faire la tournée de l'album, et Justin a répondu : "En France". Il a alors demandé : Aimeriez-vous jouer avec nous à Nîmes, dans les arènes romaines ? et Justin a répondu : Avec plaisir !
Votre premier concert en première partie de The Cure remonte au 12 novembre 1980 à l'université de Loughborough, dans le Leicestershire, il y a quarante-cinq ans. Vous avez de nouveau fait leur première partie en 2015 et maintenant, en 2026, à Nîmes. C'est dingue, non ?
C'est vrai que c'est un peu fou. Aucun de nous deux n'a arrêté depuis, nos vies ont toujours tourné autour de la musique, même si c'était dans des contextes très différents, et nous sommes toujours amis. Sympa, non ?
J'adore lire toutes ces anecdotes que tu distilles dans ton autobiographie. Je dois avouer, à ma grande honte, que je ne connaissais pas The Very Things. C'est vraiment bien ! Ils existent encore ?
TVT s'est séparé il y a longtemps, mais le groupe s'est reformé récemment et Steven (Burrows, ex-bassiste d’AATT -ndr) joue avec eux… je ne sais plus s'il est à la basse ou à la guitare. Ils ont un nouvel album qui est excellent lui aussi.
Un des meilleurs concerts que tu aies jamais vus, c'était celui de Siouxsie & The Banshees à la fin des années 70. Tu racontes aussi une anecdote sur Siouxsie qui est apparue avec Robert Smith aux Playground Studios en 1982, pendant que tu enregistrais. Tu dis : "Je n'avais jamais été aussi impressionné par quelqu'un comme ça auparavant, et je ne pense pas l'avoir été depuis." Quelle est votre chanson préférée des Banshees, pour une raison particulière ?
Je dois dire que je ne les ai pas écoutés depuis longtemps. J'ai demandé à Justin, et il m'a dit que "Nightshift" sonnait très bien la dernière fois qu'il l'a entendue.
Tu as aussi vu Joy Division ! Un souvenir particulier à nous raconter ?
C'était au Malvern Winter Gardens, l'un de leurs derniers concerts. Je venais de découvrir "Unknown Pleasures", alors c'était le moment idéal pour les voir. Mais tout ce dont je me souviens de cette soirée, c'est d'avoir aperçu et brièvement discuté dans une friterie avec Section 25, qui assurait la première partie, puis de m'être retrouvé mêlé à une bagarre avant le concert. J'étais ravi d'entendre certaines chansons et de voir Ian Curtis sur scène, mais leur prestation n'était pas exceptionnelle.
Il y a une anecdote assez choquante à propos de ton travail dans une porcherie : "J’aidais à d’autres tâches comme la castration des jeunes verrats. Mon rôle consistait à les poursuivre dans la porcherie, à en attraper un par une patte arrière, puis à le maintenir pendant que le fermier lui retirait rapidement les testicules avec un scalpel et les lançait au rottweiler qui les attrapait au vol". Oh là là, c’est horrible ! Je dois dire que je ne suis pas végétarien, donc je n’ai rien à dire ni à juger, mais quel travail épouvantable ! Anecdote incroyable et intéressante, cependant !
Haha… il faut s’endurcir pour certaines choses quand on travaille dans une ferme.
Et cette anecdote à la fois triste et drôle chez Rough Trade, à Londres, où un responsable de label te suggère de changer ton image car "Beaucoup de nouveaux groupes portent maintenant des shorts et des chemises hawaïennes colorées… ce genre de choses". Inestimable !
Même dans un groupe de rock, il faut savoir se blinder (rires).
Et November ? Un album ou des concerts en préparation ?
Oui, Bernard Trontin et moi travaillons actuellement avec le multi-instrumentiste Arnaud Ivan Sponar et le prochain album, "November", est presque terminé.
Photo Sbébastien Faits-Divers | Rushs du tournage de "The Silver Key"
PROCHAINS CONCERTS :
Mardi 17/03 Namur, Nef de l'Eglise Notre Dame d'Harscamp
Jeudi 19/03 Angers, Joker's Pub
Vendredi 20/03 Lorient, Hydrophone
Samedi 21/03 Cherbourg-en-Cotentin, Circuit
Dimanche 22/03 Paris, Gaîté Lyrique
Vendredi 25/09 Bruxelles, Botanique
Samedi 26/09 Liège, Reflektor
POUR PROLONGER LE PLAISIR :
UNE MAGNIFIQUE SÉRIE DE PHOTOS LIVE DE 2024 :

➔ La Séquence de Stéphane Burlot
Mardi 17/03 Namur, Nef de l'Eglise Notre Dame d'Harscamp
Jeudi 19/03 Angers, Joker's Pub
Vendredi 20/03 Lorient, Hydrophone
Samedi 21/03 Cherbourg-en-Cotentin, Circuit
Dimanche 22/03 Paris, Gaîté Lyrique
Vendredi 25/09 Bruxelles, Botanique
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➔ La Séquence de Stéphane Burlot
