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Chroniques Express
The Young Gods

Interview réalisée par Bertrand Hamonou

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« Data Mirage Tangram »

[Differ-Ant / Two Gentlemen]

Sortie le 22 février 2019

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S’il y a bien une chose que l’on n’entend pas forcément sur disque mais que l’on peut remarquer sur scène ou lorsqu’on les rencontre, c’est la gentillesse naturelle des Young Gods, cette bienveillance innée, cette prévenance sincère qui rappelle qu’avant de devenir des Dieux, ces trois-là sont aussi des hommes généreux et attentionnés. "Tu veux boire quelque chose ?" me demande Franz sitôt installé sur le sofa d’un appartement proche de la place de la République à Paris où nous avons rendez-vous pour parler de "Data Mirage Tangram", le huitième album du groupe. Je réponds poliment qu’un verre d’eau fera l’affaire, et il me l’apporte avec un sourire : "On est là pour deux jours, on rentre à Genève demain". Et Cesare de rajouter, lui aussi avec un sourire : "On a passé la journée sur le canapé, on n’y est pas mal".

Les dernières nouvelles que l’on a eues des Young Gods sont un peu particulières car il s’agit du livre gigantesque de 800 pages, "Documents 1985 – 2015" publié en 2017. Vous pouvez nous en parler ?
Franz : En fait le livre n'est pas à notre initiative : on a filé nos archives, on a trié les différentes périodes, les coupes de cheveux… (rires).
Bernard : Les t-shirts…
Franz : On était super contents que ça se fasse parce que ce livre est un travail titanesque, mais ce n’est pas ça qui nous a le plus occupé. On y a peut-être passé un mois, on a donné un coup de main.

« C’était complètement novateur d'arriver dans un endroit en n'ayant que des embryons d'idées et de les improviser en public. »
La dernière fois que l’on a pu vous voir en concert, c’était en 2013 lors de la tournée consacrée aux albums "The Young Gods" et "L’eau rouge". Que s’est-il passé depuis ?
Franz : En 2013 on a effectivement tourné pour les deux premiers albums, comme tu le rappelles. En 2014, Cesare a commencé à apprendre des morceaux qu'il n'avait pas composés, comme "Skinflowers" et tous ceux de la période des années 90s en fait. Et puis, en 2015 on nous a proposé une résidence dans le cadre d'un festival de jazz au sens assez large, avec cet esprit parfaitement jazz où tu as plein de petits caveaux qui sont gratuits, où tu peux aller voir des trucs expérimentaux tout autant que des big bands, des jams, des trucs comme ça. C'est le Cully Jazz Festival. Et, à l’intérieur de ce festival, il y a un club qui s'appelle le Hundred Blue Bottle Club qui est assez rock. Et chaque année, dans le cadre du festival, ils y organisent un festival Off durant lequel ils invitent un groupe ou une personne à qui ils donnent carte blanche pendant cinq soirées, pendant lesquelles tu joues trois sets d'une heure chaque fois. Donc à la fin de l’année 2014 on s'est dit : "Ok, maintenant que l’on joue le répertoire connu des Young Gods tous les trois, si on allait de l'avant ? Il y a cette proposition, ce serait bien d'y aller avec du nouveau matériel pour n'y jouer que des trucs nouveaux. On profite que c'est dans un esprit jazz pour ne faire que de la jam, comme un gros labo de création à trois, on apporte tous plusieurs instruments et on y va". On avait un peu préparé les thèmes à l'avance quand même, que l'on appelle des sessions. Nous avions donc une vingtaine, et une fois sur scène on se disait "On joue quoi ? On fait la 6 ?". On partait là-dessus et puis moi j'improvisais un peu les textes. J’ai sorti la guitare et des trucs ont pris forme, comme ça, chaque soir en public, devant à peu près quatre vingts personnes, pendant trois heures. Et on enregistrait absolument tout. Ensuite on a tout écouté, trié, et c'est ce qui a constitué la base de ce que tu entends sur le nouvel album.
Bernard : Et puis pour nous c’était dans la continuité de notre idée, c’était complètement novateur d'arriver dans un endroit en n'ayant que des embryons d'idées et de les improviser en public. À un moment on s'est dit : "Si on fait quelque chose de nouveau ensemble, on fait quoi ? On va faire la suite des deux premiers albums ? Mais ça a déjà été fait ! On va faire la suite du dernier album qu'on avait sorti ? Mais c'était avec deux musiciens différents". Aujourd’hui, Cesare est revenu, donc on a rebattu les cartes et on est parti de quelque chose qui nous déstabilisait complètement : faire de l'improvisation en public à partir d'embryons d'idées. Et c’est de là que sont nés les morceaux. Ça a pris du temps pour que ça se synthétise en véritables morceaux : il a fallu trier, réécouter, refaire ce qu’on avait fait, se souvenir de qui avait fait quoi, comment… C'était difficile à comprendre, c'était un véritable casse-tête à partir des enregistrements. Et puis petit à petit on est arrivé à sept morceaux.

Est-ce la raison pour laquelle les titres sont tous longs sur cet album, entre six et onze minutes chacun ? Ce sont les embryons qui ont été étirés au maximum ?
Bernard : Ah non, c'est le contraire, ils étaient encore bien plus longs sur scène. On a plutôt ramassé le propos pour l'album, à part peut-être sur le morceau de onze minutes.
Franz : Et puis, on avait déjà fait des morceaux longs par le passé comme "Summer Eyes" sur "TV Sky" et "Moon Revolutions" sur "Only Heaven". Mais il n'y avait pas vraiment de limites aux embryons qu'on développait sur place ; les seules limites étaient que tout à coup on se rendait compte qu'on n’avait plus rien à dire avec tel rythme, telle base. La question devenait alors "Comment transformer ce matériau de base, joué de manière intimiste devant un public qui est là pour ça, en nouveaux titres ?". Je précise qu’on avait fait bien attention de ne pas appeler ça "The Young Gods en concert", comme ça les gens savaient que nous étions là pour développer du matériel, et ils venaient aussi pour assister à un processus créatif, ce qui est assez intéressant, avec des moments où tu sais que là ça se passe, et là ça ne se passe pas. Donc, le gros du travail ensuite était d'arriver à fixer ça tout en en conservant l’esprit du processus ; on a trouvé certains morceaux bien cadrés et d'autres plus improvisés, avec la bonne mesure pour que ça ne parte pas complètement sur un album purement improvisé, radical.
Bernard: On voulait aussi essayer de conserver quelque chose de cet esprit-là : il y avait des choses qui prenaient sens avec la répétition, avec le développement, et que l’on ne voulait pas casser pour en faire autre chose. Il fallait que cette composante reste aussi, même si ça devenait des morceaux plus cadrés. Même lorsque quelque chose se développe, la racine est encore là, on avait à coeur d'entendre d'où cela venait.
« Le seul morceau qui fait tâche, c'est "Moon Above", mais en même temps il est là pour redistribuer un peu les cartes : on aurait pu partir sur quelque chose de carré sur toute la durée de l’album, mais tout à coup tu perds tes repères avec ce titre, »
C'est pour cette raison que cet album est très varié avec un morceau plutôt ambient, un titre plus aérien, un blues, un avec un petit côté berceuse, un autre qui est du Young Gods old school ?
Franz : Exactement. Le seul morceau qui fait tâche, c'est "Moon Above", mais en même temps il est là pour redistribuer un peu les cartes : on aurait pu partir sur quelque chose de carré sur toute la durée de l’album, mais tout à coup tu perds tes repères avec ce titre, et tu les retrouves mieux avec "All My Skin Standing", le morceau de onze minutes. Il faut un moment pour rentrer dedans, mais "Moon Above" est à sa place là où il est, en plein milieu du programme.

Quelle que soit l'ambiance du titre, je trouve le son de l’album très homogène, avec un mix très précis. C'est d'ailleurs la première fois que vous travaillez avec Alan Moulder. Comment est-ce que ça s'est passé ? Vous êtes allés le chercher ?
Franz : Oui, carrément. Je le connaissais depuis bien des années, quand il a démarré sa carrière ; à l'époque j'habitais à New York et on buvait des coups ensemble, on allait voir les mêmes concerts, et on s'est souvent retrouvés backstage. Ensuite il a fait tout son chemin avec Trent Reznor et Nine Inch Nails ou Curve, et puis on s'est perdu de vue. Pour ce nouvel album, on avait envie de changer la formule de production. On s'est dit qu'on irait au plus loin possible nous-mêmes, c'est à dire qu'on a tout enregistré, que j'ai fait des démos sur lesquelles je voyais jusqu'où je pouvais aller, jusqu’à ce que j’atteigne mes limites. Et puis, je n'arrêtais pas de penser à Alan Moulder car j'aime beaucoup son travail, justement parce qu’il est très précis, et en même temps il a ce truc anglais qui fait qu'il est très tranchant tout en étant confortable, tu vois ? Il n'a pas peur du danger dans la musique, mais c'est à l'anglaise, et avec lui ce sera moins le coup de poing dans la gueule qu'avec un Américain. Et ça, je trouvais que c'était assez approprié pour ce disque. Après, quand tu te lances dans une nouvelle aventure tu ne sais pas si ça va marcher, mais quand on lui a fait écouter les démos il a tout de suite dit "Ah oui, les Young Gods, super, je vais débloquer du temps pour vous". Parce qu’il faut savoir qu’il a un agenda de ministre, mais il a réussi à se dégager du temps pour nous et ça s'est fait rapidement en fait ; en dix jours c'était ficelé.
Bernard : Et pour poursuivre dans cette démarche nouvelle que l’on s’était fixée dès le départ, on s’est posé cette question : "Est-ce qu'on va le produire de la même manière qu'avant ?". On a choisi de ne pas le faire, mais de demander à quelqu'un avec qui on n'avait pas bossé jusque-là, et que Franz avait en tête. Et moi je me suis dit tout à coup "Mais oui, il faut continuer dans cette démarche inédite, parce que c'est comme ça qu'on va faire quelque chose d'intéressant tous les trois".

Le jeu de guitare aussi est inédit sur cet album.
Franz : Oui, effectivement sur pas mal de titres du disque j’ai une guitare ; pas toujours dans l’entièreté du titre, ça dépend des morceaux. Mais ça vient du fait qu’on les a créés comme ça ces chansons… Pour moi aussi c’est spécial parce qu’avant j’étais beaucoup plus libre : j’avais juste le micro et ma voix, alors que maintenant j’ai des effets, et c’est quelque chose que je dois…
Cesare :…apprivoiser.
Franz : Oui, je dois l’apprivoiser.
Bernard : A contrario, au début des Young Gods, c’était ta volonté de ne pas te cantonner à la guitare ; tu avais décidé de faire autre chose.
Franz : Oui c’était tout à fait ça, j’avais mis la guitare de côté, et puis comme je chantais un peu comme un pied, je me suis dit à l’époque "maintenant je vais poser la guitare et je vais me retrouver avec un micro et c’est tout : finis les accords de mi, de ré, de la, je ne veux plus rien savoir, tout ce qui importe c’est le son, le son et encore le son, celui du sample qui va faire le morceau". On a fait ça pendant pas mal d’albums mais après, on a eu envie de casser la formule, d’essayer d’autres trucs, et ce nouvel album est très axé sur la guitare en fait. Malgré tout il y a quand même beaucoup d’électronique dedans.
Bernard : Oui, mais c’est la première fois que la guitare a un rôle aussi important : elle est tout à coup mélodique, rythmique ou soliste.

Il y a même un harmonica sur "Moon Above" !
Franz : C’est un album comme ça, spontané, et moi je suis très content de ressortir la guitare parce qu’elle me permet d’exprimer d’autres trucs. Et puis ça me fait du bien. Sur "Everybody Knows" il y avait déjà des guitares, mais c’était surtout Vincent qui en jouait (Vincent Hänni, guitariste au sein du groupe entre 2008 et 2011 -ndlr), moi, j’en faisais seulement sur un ou deux titres. Il y avait déjà une volonté d’apporter quelque chose de plus organique.
Bernard : Mais "Everybody Knows" venait après cet album acoustique qu’on venait de faire ("Knock On Wood" en 2008 -ndlr), et on revenait à l’électronique sur ce disque, avec malgré tout une vraie batterie et une composante acoustique : il y avait des guitares acoustiques, il y avait des balades avec des percussions, il y avait ce mélange entre ce set acoustique dont on sortait et ce rock électronique que l’on faisait. Sur celui-ci, il n’y a plus rien d’acoustique à part la voix. Même la guitare est électrique. Et tout à coup, il y a un guitariste qui s’exprime dans ce groupe : il a un son, il revient après toute cette phase de désapprentissage et sa guitare est de nouveau la bienvenue.

Tu joueras donc de la guitare sur scène en mars, Franz ?
Franz : Oui, parce qu’on va jouer beaucoup de morceaux de cet album sur la tournée, on va vraiment l’assumer et voir comment on peut l’amener sur scène.
« Mirage ou pas mirage, ça fait partie de la question. »
Vous pouvez nous expliquer le titre de l’album, "Data Mirage Tangram" ? J'imagine que le "Data Mirage" fait référence aux analyses des Big Data, et le "Tangram" est ce jeu qui comporte sept pièces géométriques, comme les sept titres de l’album ?
Franz : Oui, c'est ça. Aujourd’hui on nous assène les analyses de données comme une réalité scientifique, parce qu'on archive tout, tout est enregistré, et puis on a des algorithmes pour revenir sur n'importe quel truc. Et ça devient la base de ce que l'on présente en premier par rapport à toute notre culture. Du coup, il y a aussi des gens qui questionnent cette façon de faire, et je trouve ça assez sain de le faire d’ailleurs. Je pense que c’est un mirage parce que c’est tellement lourd finalement comme matière, tout cet espace sur les disques durs ; c’est tellement lourd d’aller chercher les infos, il y a beaucoup de choses qui se passent aujourd’hui auxquelles on ne peut plus se référer. C’est devenu une telle boulimie que ça ne marche plus comme ça devrait marcher. Donc, il y a beaucoup de bugs, d’erreurs, et finalement ce n’est plus une référence. Alors pourquoi "Data Mirage" ? Parce que je trouve que c’est assez représentatif de notre approche du monde dans lequel on vit aujourd’hui. Ensuite, le "Tangram" c’est parce qu’il y a effectivement cette référence aux sept morceaux, mais aussi parce j’ai l’impression que tout ça reste un jeu. Et puis on est nous aussi dans le data, tu sais. Moi j’hallucine quand j’envoie un morceau à masteriser : je le mets sur une clé USB, ça part en WiFi à travers l’océan via tout ce truc immatériel, et puis à l’autre bout le mec me demande "Tu le veux en High Definition 88KHz ou bien en 44KHz ?". Tout ça fait que tu finis pas te demander "Mais où est-ce que ça se passe réellement ?". À une époque tu te demandais "Comment fonctionne l’onde radio ?", mais là on est à je ne sais pas combien de kilomètres plus loin que l’onde radio analogique d’il y a quarante ans, et il y a ce truc qui arrive sur ton ordi et puis voilà, tu reçois le mastering qui a été réalisé. Donc, notre musique est elle aussi purement data si tu veux, elle est créée comme ça, elle est tellement technologique parce que produite sur des ordis, mais au final elle est quand même là, c’est quand même du solide (il me montre le CD). Donc mirage ou pas mirage, ça fait partie de la question.
Bernard : On a l’impression que tout grandit encore et toujours, et qu’en même temps, plus ça grandit plus ça devient nébuleux à en devenir un nuage, ce Cloud omniprésent aujourd’hui. Tu as l’impression que les contours deviennent de plus en plus flous, tu as l’impression que ça va s’évanouir à un moment ou un autre.

Franz, j’ai remarqué que sur ce disque tu murmures plus que sur les albums précédents. Il y a une raison à cela ?
Franz : C’est toujours un peu dépendant de la façon dont tu cherches à trouver sa voix, de quelle façon tu entonnes, comment tu fais sonner les mots que tu as envie de dire. Je fais toujours ça très instinctivement par rapport à l’environnement sonore, et là, on a essayé plusieurs choses. Par exemple, je me rappelle qu’en écoutant les jams du caveau dont on parlait tout à l’heure, il y avait des trucs qui étaient beaucoup plus déclamés, parce que c’était ma manière de faire. Mais en fait, il y avait comme un décalage, et il m’a fallu un moment pour trouver la bonne intention : c’est ça qui est important. Et puis, ça va avec l’idée que c’est quand même un jeu, et c’est un disque qui est assez doux quelque part, même s’il y a une puissance de fond. Mais, oui l’intention vocale est comme tu l’as remarquée, elle n’est pas en colère en tout cas.

« Dans le monde actuel, faire de la résistance, avec tous ces pronostics que l’on reçoit, qu’ils soient des avertissements écologiques ou politiques, où l’on nous mène par la peur, c’est un peu ça le red sky. Il faut continuer de résister et ne pas baisser les bras. »
Sauf peut-être "Tear Up The Red Sky" qui est un titre Young Gods plutôt "old school".
Franz : Oui, c’est la seule chanson à être du pur Young Gods entre guillemets, tu as raison, et qui a un côté un peu plus politique, qui parle de la décolonisation. Le red sky pour moi symbolise la chape. Dans le monde actuel, faire de la résistance, avec tous ces pronostics que l’on reçoit, qu’ils soient des avertissements écologiques ou politiques, où l’on nous mène par la peur, c’est un peu ça le red sky. Il faut continuer de résister et ne pas baisser les bras.

Il y a aussi l’alternance entre français et anglais dans tes paroles, parfois les deux dans le même titre. Est-ce que tu sais à l’avance laquelle tu vas utiliser ?
Franz :Non, pas du tout. À partir des démos, mon travail consiste justement à trouver ça. Si tu prends le morceau "Entre en Matière" par exemple, au départ j’avais un texte en anglais. J’ai essayé beaucoup de choses, j’avais plusieurs idées qui venaient des jams : j’avais des textes entiers ou simplement une ou deux phrases que je chantais parfois sur certains morceaux, et puis le lendemain c’en étaient d’autres. Donc ça a pas mal voyagé, et il m’a aussi fallu un petit moment pour trouver l’intention vocale avant de pouvoir la concrétiser.

Le single "Figure Sans Nom" a bénéficié d’une vidéo très réussie. Elle est tournée par chez vous ?
Franz : Oui, c’est tournée dans le Jura Suisse…
Cesare : ...par un artiste jurassien…
Franz : Augustin Rébétez. Il a un site internet qu’il faut consulter (augustinrebetez.com).C’est intéressant, il fait plein de trucs différents : des installations, des sculptures, de la photo, du texte, il joue même une sorte de rap super underground !

Vous le connaissiez déjà ?
Franz : Je connaissais son travail que j’avais vu dans des expos, généralement des expos d’images d’ailleurs. J’ai vu deux fois à Vevey l’expo qui s’appelle "Images" où tu as des images monumentales. Il y avait aussi deux galeries, une en 2014, une autre cette année, qui proposaient des installations avec des films à lui. Je suis allé voir les films et je me suis dit : "Cet univers-là, pour cette chanson, ça pourrait coller". En ce qui concerne la vidéo, c’était assez fou parce qu’on n’avait qu’un seul jour de tournage et on ne savait pas ce qu’on allait faire.
Cesare : Ce n’est pas une personne qui est organisée et qui arrive avec un scénario tout prêt. On débarque, et puis voilà, on y va. Mais d’ailleurs, si tu regardes bien, ce n’est pas une vidéo, ce n’est que de la photo, mais c’est en stop motion. Il a un appareil photo avec lui et il mitraille, et puis go ! Il n’a pas de vidéo, pas de caméra, ce n’est que de la photo, c’est très curieux (rires).
Franz : Nous on avait en tête un truc un peu plus mystérieux, mais comme il faisait grand soleil ce jour-là, on s’est dit "On y va comme ça" et c’est venu très naturellement.

Il n’y avait pas de scénario alors ?
Bernard : Si, vaguement quand même.
Franz : Si, il avait une petite idée. Tu as quand même vu la tête qu’a Cesare dans la vidéo ? Il avait eu un accident deux jours avant !
Cesare : Je ne suis pas maquillé, j’ai eu un accident et j’ai la tête…
Bernard :…tuméfiée !
Cesare : Oui c’est ça ; j’ai eu quatre points de suture et l’œil fermé. Mais la date était prise et puis il fallait le faire quand même. Moi j’avais un peu honte, imagine toi que je n’avais pas la même tête qu’aujourd’hui.
Franz : Il lui a dit "Mais c’est génial, ça : t’as une sale gueule !" (rires). Tu te rends compte les heures de maquillage qu’il aurait fallu pour arriver au même résultat ?
(S’adressant à Bernard et Cesare) : Moi j’ai passé la matinée à vous attendre parce que tu ne pouvais pas conduire, Cesare, et vous êtes arrivés vers une heure de l’après-midi. Augustin et moi on a fait des essais toute la matinée dans le champ. D’ailleurs tout le début de la vidéo est basé là-dessus, on l’a gardé (rires). Et au bout d’un moment, il nous a dit "Je crois qu’on tient quelque chose de pas mal !".

Et c’est vrai, je trouve que ça fonctionne vachement bien !
Franz : Mais ouais, moi j’adore !

Un dernier truc avant de vous libérer : est-ce que vous avez entendu parler d’un groupe américain qui s’appelle Hide et dont l’album s’intitule "Castration Anxiety" ?
Franz : Ah non, Hide tu dis ? "Castration Anxiety" ? Je peux comprendre l’anxiété, oui (rires).

Vous devriez le trouver sur Bandcamp : ils usent et abusent des samples à la manière de vos premiers albums, c’est pour cela que je vous en parle.
Cesare : Attends, je le note sur ma feuille : j’ai une liste de disques que l’on m’a conseillés. Il y a tellement de groupes aujourd’hui…