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Chroniques Express
SN-A

Interview réalisée par Bertrand Hamonou

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Label Meshwork

English version of the interview

« Distance »

[Meshwork]

Sorti le 27 avril 2018

La carrière musicale de Sevren Ni-Arb, né André Schmechta, commence en 1987 lorsqu’à dix-huit ans il fonde Scarecrow avec un copain d’école. Le groupe va rapidement évoluer et devenir X-Marks The Pedwalk, sortir une demi-douzaine d’albums et autant de singles d’EBM avant de s’arrêter brusquement au milieu des années 90. André effectue alors un virage à 180 degrés et entame une reconversion professionnelle qui l’éloigne de la scène électro-indus, jusqu’au retour inattendu aux affaires de son groupe en 2010, puis la création de son propre label il y a deux ans, et ensuite de son projet solo instrumental, SN-A, qui sort aujourd’hui son deuxième album. À la fois chef d’entreprise et musicien reconnu multipliant les projets et les réalisations, André a su néanmoins trouver du temps dans son agenda extrêmement chargé pour répondre à nos questions.

André, ton second disque solo vient de sortir sous le nom SN-A, initiales de Sevren Ni-Arb. Je n’ai réalisé que récemment que ton pseudo se lit à l’envers : Brain Nerves. D’où te vient ce surnom ?
En 1988, quand nous avons décidé de changer le nom de notre groupe Scarecrow en X-Marks The Pedwalk, nous avons également pris la décision de nous créer des pseudonymes, tout simplement à cause de la sonorité exceptionnellement étrange qu’avait notre nouveau nom de groupe. C’est donc comme ça qu’a commencé ma carrière en tant que Sevren Ni-Arb, qui se trouve effectivement être Brain Nerves à l’envers, comme tu l’as repéré.

« La scène électro-indus était devenue une mauvaise copie d'elle-même ; les mêmes trucs ennuyeux sortaient encore et toujours, rien de novateur n'a été proposé pendant des années. »
Entre 1995 et 2010 tu n'as rien sorti. Qu'est-ce qui t'a amené à t’écarter de tes activités musicales à l'époque ?
Depuis le début je cherche de nouveaux défis avec chacun de mes disques et chacun de mes projets. Souviens-toi par exemple de U-TEK, A-Head, Ringtailed Snorter et Hyperdex-1-Sect... En plus de mes projets électro/indus et de mon travail de producteur et d'ingénieur pour d'autres groupes de cette scène, j'ai également produit et sorti des disques de techno/dance et de trance au début des 90s. Mais après tout ce temps que j'y ai consacré, j'ai tout simplement perdu ma motivation et mon énergie. Et à ce moment-là, d'après moi, la scène électro-indus était devenue une mauvaise copie d'elle-même ; les mêmes trucs ennuyeux sortaient encore et toujours, rien de novateur n'a été proposé pendant des années.

Et qu’est-ce qui t’a poussé à revenir en 2010 pour enregistrer "Inner Zone Journey" de X Marks the Pedwalk ?
Tu sais, aujourd’hui je suis le propriétaire et le manageur de deux sociétés. J’ai monté une agence de publicité qui a ses bureaux à Berlin et à Münster, et une autre société de publication online qui a reçu des prix pour des magazines de littérature. Rajoute à cela que j’ai également une famille merveilleuse avec deux enfants de 17 et 15 ans. Tu peux donc facilement imaginer que mes priorités en tant qu’homme ont changé dès lors que j’ai quitté le monde de la production musicale, et je n’avais d’ailleurs aucun véritable projet de retour à la musique pendant très longtemps. Mais en 2006, les premières idées ont commencé à germer, et j’ai commencé par me construire un nouveau petit studio chez moi pour voir ce qui en sortirait, en utilisant de nouveaux softwares et plugins. Et en fait ça a eu un rôle de déclencheur plutôt efficace puisque j’ai agrandi le studio puis je me suis mis à travailler sur un nouveau disque pour finir par me rendre compte que X-Marks The Pedwalk était de retour.

Tu as aussi lancé ton propre label Meshwork en 2016. Est-ce que c’est quelque chose que tu avais rêvé de faire depuis longtemps ?
Oui, ça faisait un bon moment que j’y pensais. Depuis mon retour aux affaires en 2009, j’ai sorti trois albums, un single et un DVD live avec X-Marks The Pedwalk, et j’ai aussi lancé mon nouveau projet SN-A. Créer mon propre label était simplement devenu l’étape naturelle qu’il me fallait réaliser afin de conserver ma motivation et mon énergie à un haut niveau.

Est-ce que "Distance" est un disque sur lequel tu travailles depuis longtemps ?
J’en ai eu les premières idées en 2015, mais rapidement le nouveau X-Marks The Pedwalk, qui allait devenir “Secrets”, a commencé à germer. J’ai donc dû faire une pause et je me suis seulement remis à travailler en 2017 sur “Distance”.

Peux-tu nous raconter ce que tu avais en tête lorsque tu as commencé à conceptualiser ce disque. Est-ce que ton approche est la même que pour la genèse du précédent, "Transmissions" ?
Même si les contenus de "Transmissions" et de "Distance" sont liés d’une certaine manière, "Distance" est un disque qui suit la trame de l’histoire que j’ai voulu raconter dès le départ. J’ai pensé ce disque comme le prologue de "Transmissions". "Transmissions" contient des messages individuels reçus à travers l’espace-temps., les titres sont délibérément codés, mais ils font référence à des chiffres importants dans ma vie. Alors que "Distance" raconte l’histoire d’un départ pour un voyage dans l’espace, ou un voyage qui provient d'une envie intérieure, avec ses menaces et ses obstacles. À la fin du voyage nous sommes très loin du point de départ, à la fois géographiquement et mentalement. Ce point éloigné est évoqué avec le titre "Checkpoint 9.7" : le voyageur n’est pas encore arrivé à destination, mais quels sont ses sentiments, ses pensées ; s’est-il perdu au cours d’un voyage sans retour ? Cependant, il est maintenant capable d’envoyer des messages, et ceux-ci sont les morceaux de "Transmissions". Il faut aussi le voir comme un voyage mental qui suit un développement chronologique, piste après piste.

"Awakening", le premier titre de l’album, a une fin brutale. Cela suggère-t-il le départ du voyageur dont tu parles ?
Imagine une personne en train de dormir et de rêver. Le rêve évolue en cauchemar, en angoisse, puis le rêve devient plus harmonieux, et la personne ouvre les yeux et se réveille : c’est cela que suggère la fin du titre. Bienvenu au point de départ de l’histoire.

À la première écoute, j’ai tout de suite aimé le titre "Stimulation" : comment l’as-tu composé ?
En général, lors du processus de sound design, je crée des tas de séquences et de rythmes que je n’utilise jamais dans mes morceaux, et la boucle de batterie de “Stimulation” en faisait partie au départ. Ensuite, pendant la phase de production de “Distance”, je l’ai écoutée et réécoutée et je me suis dit qu’elle pourrait figurer sur l’album. Il y a tellement d’entrain et d’énergie dans ce rythme : c’est une vraie stimulation pour ton cerveau et ton corps.

Il y a sur l’album deux titres un peu différents des autres, “Checkpoint 4.2” et “Checkpoint 9.7”. Quelle est leur signification ?
Même si le voyage se développe de manière chronologique titre après titre, l’auditeur passe par différentes situations et différents endroits de ce voyage que je voulais fractionner. “Checkpoint 4.2” est le premier point de fractionnement : cela fait un bon moment que nous sommes en chemin, maintenant l’humeur et l’atmosphère changent. Et comme je le mentionnais tout à l’heure, “Checkpoint 9.7” signifie que nous sommes vraiment très loin du point de départ. Mais pour l’instant il n’y a toujours pas de destination connue. Le son de ces deux titres distille une atmosphère menaçante, de manière à te faire te sentir perdu, en insécurité.

Le disque se termine avec "Re-Awake", qui rappelle le titre d'introduction, mais qui laisse à penser que quelque chose d'irréversible s'est passé au cours du voyage, non ?
Avec ce morceau final je voulais poser plusieurs questions : est-ce que le voyage a vraiment eu lieu ? Ou n'était-ce finalement qu'un rêve ? Le voyageur est-il rentré ? Quant à l'auditeur, qu'a-t-il pensé de ce voyage, quels sont ses pensées et ses sentiments ?

« Fondamentalement, je recherche de la musique électronique stimulante et perfectionnée pour Meshwork. Comme je l’ai dit, je n’ai pas envie de sortir une copie de copie… »
"Distance" n’est que la quatrième référence de ton label en trois ans. Est-ce parce que tu t’occupes de tout toi-même, ou bien parce que tu privilégies la qualité plutôt que la quantité des sorties ? 
Bien entendu, dès le début du label il était clair que mes propres projets auraient la priorité. Ensuite, garde bien en tête que je m’en occupe en plus des sociétés dont je viens de te parler. Fondamentalement, je recherche de la musique électronique stimulante et perfectionnée pour Meshwork. Comme je l’ai dit, je n’ai pas envie de sortir une copie de copie… si tu vois ce que je veux dire. Donc oui, ma devise c’est bien « la qualité au lieu de la quantité ». Pas de musique électronique de base, mais de l’électronique pour des gens enthousiastes et passionnés. Je reçois beaucoup de démos, mais la plupart du temps elles ne correspondent pas à la philosophie de Meshwork, alors qu’avec toutes les sorties du label je promets un voyage surprenant ponctué d’expériences sonores remarquables, depuis l’ambient jusqu’aux sons électroniques les plus modernes. La mission du label est aussi de pousser les limites de la musique électronique vers un nouvel échelon.

La toute première sortie sur Meshwork fut le premier album de Signal~Bruit en 2016, puis "Secrets" de X Marks the Pedwalk, et le premier disque de Ferrochrome l’an dernier. Te souviens-tu de ce qui t’a fait te décider à signer Signal~Bruit et Ferrochrome ?
Pour Signal~Bruit j’ai reçu un promo de Member U-0176 (membre de Celluloide -ndlr) ; le sound design autant que le travail conceptuel autour de “Planisphère(s)“ m’ont tellement fasciné que je me suis dit : « Ça c’est de la musique électronique qui atteint les sommets ; c’est de l’art pur ! ». Il était donc clair que ce disque serait parfait pour être la première sortie sur Meshwork ! Pour ce qui est de Ferrochrome, je connaissais Dirk Krause comme membre original du groupe Armageddon Dildos dont j’ai produit quelques albums et singles par le passé ; j’ai même été leur ingénieur son en live. Mais nous avons perdu le contact lorsque j’ai quitté le milieu de musique comme je l’évoquais tout à l’heure. L’an dernier, j’ai écouté quelques morceaux que Ferrochrome avait publiés sur son SoundCloud, et ça m’a semblé être de la musique électronique de premier ordre, avec une voix remarquable et exceptionnelle. Quand j’ai réalisé qu’ils cherchaient un label j’ai immédiatement su que Meshwork se devait de les accueillir.

Y a-t-il des artistes en particulier que tu adorerais signer sur Meshwork ?
Non, pas vraiment, je n'ai personne en tête. Je suis ouvert à tout nouvel artiste comme à ceux qui ont acquis de la notoriété.