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Chroniques Express
Pocket Knife Army

Interview réalisée par Bertrand Hamonou

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English version of the interview

Charlotte Steunebrink

« Forever Counting Sheep »

[Autoproduction]

Sorti le 8 mars 2017

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D’une ingéniosité technique et sonore remarquables, proposant un chant féminin clair et robuste avec un timbre proche de celui d'Anneli Drecker de Bel Canto, « Forever Counting Sheep », le second album des Hollandais de Pocket Knife Army sorti en mars cette année n’a pas fini de tourner sur nos platines. Le disque réussit un tour de force en proposant une musique très électronique bourrée d’énergie rock, imaginée et jouée par deux génies de la mise en scène sonore à qui nous avons posé nos questions pour une interview où il est question de Kate Bush, de Radiohead et d'un séjour en Auvergne.

Desirée, Erwin, pouvez-vous nous raconter d’où vous venez ? Quel est votre parcours musical à tous les deux ?
Nous nous avons étudié au conservatoire ensemble. Nous jouions dans le même groupe de rock, et nous avons toujours eu l’idée de fonder un projet électronique. Quand notre groupe a splitté nous nous sommes lancés. Nous avions la même passion pour le rock, la musique électronique ainsi qu’un penchant pour l’expérimentation en terme de composition et de sons, et nous savions qu’un jour ou l’autre nous finirions par lancer notre propre projet à tous les deux : ce projet est devenu Pocket Knife Army.

Lisanne Lentink
Ce doit être un investissement à plein temps de s’auto-produire et de faire soi-même sa propre promotion en plus du groupe. Comment est-ce que vous y arrivez en plus de vos boulots respectifs ?
Tu sais, aujourd’hui on attend des artistes qu’ils fassent tout eux-mêmes : qu’ils créent leur musique et qu’ils soient entrepreneurs en même temps. Nous aimons bien entendu avoir le contrôle sur tout ce que nous faisons, mais il nous arrive de nous remémorer la semaine précdente et de nous rendre compte que nous avons passé la plupart de notre temps à faire de la promotion de notre musique ou bien à répondre à des emails au lieu de prendre un instrument et d’en jouer. C’est dommage, et nous espérons pouvoir sous-traiter certaines de ces tâches dans le futur de manière à consacrer plus de temps à faire de la musique.

A propos, est-ce que des labels qui ont écouté "Forever Counting Sheep" vous ont approchés ?
En fait non, pas encore. Mais nous restons ouverts à toute suggestion de cet ordre-là !

« Quelqu’un nous a dit que notre musique sonnait un peu comme Kate Bush, tandis qu’on l’a aussi comparée à celle de Depeche Mode. La vérité c’est que nous n’essayons pas de sonner comme qui que ce soit ; nous faisons simplement ce que nous aimons faire. »
Votre musique est assez complexe et pour la résumer, je dirais qu’elle me fait penser à Bel Canto avec l’énergie d’un groupe d’au moins cinq musiciens, qui aurait pu signer chez Ant-Zen. Comment vous décririez-vous à ceux qui ne vous connaissent pas encore ?
C’est marrant que tu dises ça parce que nous-même nous nous comparons à un groupe de rock. La plupart du temps nous nous décrivons comme « le frère électronique et méchant de Radiohead ». Le plus important pour nous est que nous nous considérons comme un groupe de scène, et non pas comme un projet de studio. Nos chansons sont pensées pour être jouées en live, c’est ça notre principal objectif. Mais nous apprécions le fait que tout le monde ait sa propre interprétation de notre musique, et la ressente d’une manière différente. Quelqu’un nous a dit que notre musique sonnait un peu comme Kate Bush, tandis qu’on l’a aussi comparée à celle de Depeche Mode. La vérité c’est que nous n’essayons pas de sonner comme qui que ce soit ; nous faisons simplement ce que nous aimons faire.

La structure de vos chansons me fait penser à celles des Boo Radleys, comme si vous les composiez au départ de manière classique, pour ensuite les déstructurer totalement et enfin les réassembler de manière non conventionnelle. Est-ce là votre façon de procéder ?
En fait, oui, c’est à peu près ça. La plupart de nos chansons sont écrites au piano ou à la guitare, avec les paroles comme point de départ. Ensuite nous les travaillons jusqu’à ce que ça fonctionne pour de bon, et seulement après vient l’étape d’expérimentation avec les synthés et les arrangements. C’est notre façon de nous assurer que chaque chanson fonctionne toute seule, même sans les traitements électroniques de dingues qu’on y rajoute par la suite. Et comme on l’a dit plus tôt, pouvoir les jouer en live est essentiel, ce qui nous oriente forcément dans une certaine direction. Mais il nous arrive parfois de dévier de notre zone de confort d’écriture, d’essayer de nouvelles méthodes, même si nous savons que nous finirons de toute façon par finir la chanson sur le piano.

Quels artistes ont façonné votre son ?
Nos influences sont pour la plupart non électroniques, en fait. Nous aimons beaucoup Jeff Buckley, Jack White et Queens of the Stone Age, mais il nous arrive aussi d’écouter Talking Heads aussi bien que Radiohead ou Joanna Newsom.

Lisanne Lentink
Puisque nous parlons de la musique d’autres artistes, y a-t-il des disques récents que vous appréciez particulièrement ?
Nous n’écoutons pas vraiment de musique quand nous créons la nôtre. En plus nous avons des goûts un peu old-fashion comme nous venons de te le dire à l’instant. Mais ceci étant dit, le dernier disque de Benjamin Clementine est fantastique, tout autant que le dernier Fever Ray dont on ne s’attendait pas à ce qu’elle en sorte un second.

« Dans le public des gens qui se sont mis à danser comme des sauvages sur notre musique, alors qu’on n’avait jamais pensé qu’elle pouvait même être dansante ! »
Pour le premier album vous avez tourné presque exclusivement aux Pays-Bas. Mais cette année vous avez tourné en Pologne, en Allemagne, en Estonie avec "Forever Counting Sheep". Qu’est-ce qui vous a poussé à sortir de votre pays et de vous essayer à une audience européenne ?
On l’a tenté, sans être sûr que ça marcherait. Mais jusqu’ici ça a vraiment bien fonctionné partout où nous avons joué. Nous avons même joué au Tallinn Music Week en Estonie (semaine de concerts à laquelle assistent beaucoup de professionnels -ndlr), et ça a été pour nous un franc succès. Dans le public des gens qui se sont mis à danser comme des sauvages sur notre musique, alors qu’on n’avait jamais pensé qu’elle pouvait même être dansante !

Quels sont ves projets pour Pocket Knife Army dans l’immédiat ? Est-ce que la tournée se poursuit et pourrait passer par la France ?
Eh bien oui, nous adorerions venir jouer en France et c’est probablement ce qui va se passer d’ailleurs ! Pour la petite histoire, nous avons écrit quelques-unes de nos chansons dans une petite maison en Auvergne, ce qui fait que la France mérite bien notre visite pour quelques dates : notre séjour là-bas fut une telle source d’inspiration pour certaines chansons qui figurent sur « Forever Counting Sheep ».

Lisanne Lentink
Y a-t-il des choses auxquelles vous n’osiez pas rêver en 2014 et qui seraient aujourd’hui sur le point de se réaliser pour Pocket Knife Army ?
Oui, nous allons probablement faire des petites tournées européennes dans les mois qui viennent, et une véritable tournée mondiale qui passerait par toutes ces villes et salles de concerts cools serait vraiment un rêve que nous espérons se voir réaliser tôt ou tard.