L'essentiel

Chroniques Express
Holon

Interview réalisée par Bertrand Hamonou

Facebook

Bandcamp

Soundcloud

English version of the interview

« Disruptive Technology »

[BandCamp]

Sorti le 17 mars 2018

L’histoire commence en 2005 avec le premier album "Some Kind of Order" sorti à l’époque sur le label MoMT : les titres qu’Holon proposait alors étaient fantastiques, un parfait condensé d’une électro spatiale très technique qui empruntait à l’EBM avec une précision exemplaire dans ses patterns rythmiques. Je m’imaginais que cette musique était autant l’œuvre d’un être humain que celle d’une intelligence artificielle. À l’époque, son site MySpace proposait régulièrement des titres inédits tels que "Variant 13", "Deluge" ou "Biocide", mon préféré de cette période. Et soudainement, vers 2008, tout s'arrête brutalement : silence radio. Holon avait disparu. Pour renaître une petite dizaine d’années plus tard, en 2015, avec un nouvel album et des tonnes de nouveaux titres.

 
Mark, que s’est-il passé en 2008 pour que tu arrêtes tout à coup d’enregistrer et de faire découvrir tes morceaux ?
La réponse va en vérité te sembler très banale : après la sortie de mon premier album, "Some Kind of Order"… j’ai trouvé un boulot à temps plein. J’avais la vingtaine, et, trois ans après être sorti de la fac, il était temps que je passe aux choses sérieuses. Je devais accorder toute mon attention à mon boulot et j’ai simplement perdu toute volonté de travailler sur ma musique. J’ai été rattrapé par la vraie vie en quelque sorte.

Mais alors qu’est-ce qui a fait que tu t’y es remis en 2015 ? Tu as changé de job ? 
C’est presque ça, oui. Ma vie s’est stabilisée, tout autant de manière personnelle que financière, ce qui m’a permis de diriger à nouveau mon attention vers mes projets créatifs. Et puis, j'ai eu le temps d’être très à l’aise avec ce nouveau software, Ableton Live, lequel a totalement révolutionné ma façon de fonctionner, parce qu’il me permet de travailler très vite.

Je parlais à l'instant des « 2005-2008 Lost Tracks », ces titres qui étaient proposés sur ton MySpace à l’époque, et qui n’ont jamais été publiés. Est-il prévu de les sortir officiellement ? Et qu’en est-il des morceaux que tu proposes aujourd’hui uniquement sur ton Soundcloud ? 
Même si je considère les vieux titres auxquels tu fais référence comme de l’histoire ancienne, je crois que je dispose d’une sauvegarde quelque part de tous ces vieux morceaux. Je ne suis pas sûr à cent pour cent qu’il y ait une véritable demande, et personnellement je préfère regarder devant que derrière, mais si quelqu’un les veut je peux les mettre à disposition, sur SoundCloud ou en download directement, je ne sais pas trop. Je verrai si on mes les demande.

Tu as publié "Augmented Reality" en 2015, et depuis, tu as sorti deux albums en 2017, ainsi que l'album "Disruptive Technology" en mars cette année. Ça fait beaucoup de morceaux en peu de temps. Ont-ils tous été composés récemment ou bien est-ce que certains d’entre eux dateraient de ta période d’inactivité ? 
Tous les morceaux de ces nouveaux albums ont été créés au cours des trois dernières années. Pendant mon hiatus, j’ai tenté quelques trucs en dilettante mais il n'en est rien sorti.

« La majorité des gens qui écoutent de la musique l’obtiennent au format digital, principalement grâce à Spotify, Youtube, iTunes et BandCamp. Pour un musicien de niche comme moi, c’est tout simplement beaucoup plus simple et bien plus commode de contourner le vieux système des labels en proposant ma musique directement sur BandCamp. »
"Augmented Reality", "Echoes of the Void" et "Disruptive Technology" sont distribués uniquement sur internet, sur ton Bandcamp, bien que "Connect | Isolate" soit également paru en cassette en Australie en édition ultra limitée. Des sorties CDs sont-elles prévues ?
Aujourd’hui, d’après moi, la majorité des gens qui écoutent de la musique l’obtiennent au format digital, principalement grâce à Spotify, Youtube, iTunes et BandCamp. Pour un musicien de niche comme moi, c’est tout simplement beaucoup plus simple et bien plus commode de contourner le vieux système des labels en proposant ma musique directement sur BandCamp. Ça ne veut pas dire que les sorties physiques n’ont plus leur place -des vinyles géniaux sortent en ce moment- mais dans mon cas particulier ce n’est pas vraiment viable.

C’est donc un choix de n’être signé sur aucun label ? 
Je n'ai jamais fait d'effort pour contacter de labels lorsque j'ai réactivé le projet. Et pour autant que je sache, aucun label n'a montré un quelconque intérêt, bien qu'ils soient libres de me contacter via Soundcloud, BandCamp ou Facebook. J'ai cependant publié quelques titres sur des compilations indépendantes, mais ce n'est jamais allé plus loin. Ceci dit, publier ma musique directement via BandCamp et iTunes me va très bien. Même si je sais qu'un label m'offrirait une plus large audience, le fait que ma musique existe et qu'elle soit disponible pour tous ceux qui veulent la découvrir est tout ce qui compte.

As-tu une idée du nombre de morceaux que tu as pu enregistrer ?
Depuis le temps, je dirais au moins deux cents.

Comment choisis-tu de les publier ? Tu les pioches dès que tu en as terminé suffisamment dans ta réserve ou bien tu travailles sur des albums au concept défini ?
Je compose et j'enregistre tout le temps, tant et si bien que d'une manière générale je termine un morceau par semaine. Je n'ai pas vraiment de plan, et je ne fais pas de concept album. Je travaille simplement sur de nouveaux titres perpétuellement, et au bout d'un moment je compile ceux que j'estime pouvoir associer en fonction d'un thème ou d'une ambiance communs.

« La multitude de projets de Rhys Fulber et Bill Leeb ont eu une sacrée influence sur moi. Je les ai découverts au début des années 90 avec "Tactical Neural Implant" et ils ont continué de m'influencer encore longtemps après ce disque. »
Si je devais donner des indices à quelqu'un qui ne connait pas Holon, je citerais probablement Front Line Assembly et certains de leurs projets annexes comme Noise Unit et Intermix pour donner une idée de ton son, même s'il est à mon sens plus spatial et peut-être encore plus complexe dans les patterns rythmiques. Est-ce un groupe avec lequel tu te trouves des affinités ?
Tu as mis dans le mille ! Je ne nierai certainement pas que la multitude de projets de Rhys Fulber et Bill Leeb ont eu une sacrée influence sur moi. Je les ai découverts au début des années 90 avec "Tactical Neural Implant" et ils ont continué de m'influencer encore longtemps après ce disque. Je les suis moins aujourd'hui, mais ils ont très clairement marqué la façon dont beaucoup d'entre nous perçoivent la musique dark électro. J'écoute aussi Boards of Canada, Aphex Twin et les premiers Autechre.

Y a-t-il des artistes qui appartiennent à la même scène et dont tu sois proche, avec qui tu échanges des conseils ou des idées lorsque tu travailles sur ta musique ?
Ma réponse va peut-être te surprendre : aucun. Je suis complètement isolé de la scène dont tu parles, j'ai un boulot à plein temps et j'ai également une famille à élever. Ma musique m'est extrêmement importante, mais je suis aussi très occupé en dehors. Je me vois comme un outsider passionné qui adore créer ce type de musique mais je n'ai jamais fait partie du mouvement.

Tu disais tout à l'heure avoir enregistré deux cents morceaux. Ça te prend combien de temps d'en créer un ? 
Ces dernières années j'ai appris à partitionner mon workflow grâce à Ableton Live, ce qui me permet aujourd'hui de créer ma musique de manière très efficace. En moyenne, un morceau me prendra entre quinze et vingt heures du début à la fin, ce qui inclut la composition, le mixage et le mastering.

Comment est-ce que tu procèdes ? Tu as un mode opératoire bien à toi ?
Un de mes secrets de fabrication est de jouer 80% de ma musique au clavier ou depuis les drum pads vers le sequencer, au lieu de le programmer étape par étape à la souris. Cela me permet d'établir la structure principale d'un morceau très rapidement, en deux heures à peine.

Une musique aussi complexe que la tienne passe-t-elle par l'étape de démo ?
Tu sais, avec les technologies modernes il n'y a plus besoin d'écrire de démos que tu sublimes ensuite par le travail de production en studio. Cela se faisait par le passé, lorsque les gens avaient une quantité limitée de matériel et qu'ils étaient obligés de préparer une version basique de leurs titres, pour ensuite leur donner vie dans un studio qui coûtait cher, en y passant énormément de temps. De nos jours tu peux tout faire d'une seul coup comme je te le disais tout à l'heure : tu peux composer, mixer, faire le mastering en même temps puisqu'il n'y a plus de limite au nombre de pistes qui te sont proposées, ni à la puissance des processeurs.

Parle-nous de ta librairie sonore que je trouve absolument fantastique : d'où viennent tes sons, comment les crées-tu, combien de temps cela prend-il dans ton processus de composition ?
Merci pour le compliment. La majorité des sons de batteries sont générés en utilisant un drum synthesizer, et je crée environ la moitié des sons de synthés moi-même à partir de zéro. Il m'arrive d'utiliser des presets pour gagner du temps, puis je les affine jusqu'à ce qu'ils soient à mon goût. La programmation de nouveaux sons prend énormément de temps, mais une fois que c'est fait, tu peux les réutiliser à l'envi. J'ai fabriqué ce son de nappe que je réutilise constamment et qui est devenu incontournable sur la plupart de mes morceaux.

« Je me suis essayé aux vocaux au tout début mais c'était naze, alors j'ai vite laissé tomber. Désormais, je m'emploie à véhiculer mes humeurs au travers de ma seule musique. »
Ce qui me plait dans ta musique, c'est qu'elle se passe de paroles. Les rythmes, les breaks et les merveilleux sons que tu utilises suggèrent des films imaginaires. Est-ce un choix que tu as fait depuis tes débuts et auquel tu te tiens, ou aimerais-tu incorporer des schémas couplet/refrain de temps à autre ?
Je me suis essayé aux vocaux au tout début mais c'était naze, alors j'ai vite laissé tomber. Désormais, je m'emploie à véhiculer mes humeurs au travers de ma seule musique. La musique instrumentale a un effet qui dure bien plus longtemps, selon moi, que les chansons dont je me lasse très vite personnellement.

Justement, je serais curieux de savoir comment tu baptises tes morceaux alors que ta musique est instrumentale.
Je lis pas mal de fiction et de non-fiction, donc ce qu'il me reste après avoir lu et digéré ces différentes histoires me permet d'incorporer des éléments émotionnels dans mes titres. Bien évidemment, le cinéma joue un rôle d'influence thématique énorme, mes films préférés étant Blade Runner, l’original et le sequel 2049, Alien, et Aliens parmi tant d'autres.

Puisque tu parles de cinéma, à mon sens ta musique illustrerait parfaitement des films ou des séries de science-fiction. N'as-tu jamais été approché par des studios de cinéma ? Je suis persuadé que Netflix aurait besoin de tes services !
J'ai eu des contacts pour des projets indépendants par le passé, mais rien ne s'est concrétisé. Il y a pas mal de gens qui ont de très bonnes idées, mais parvenir à les implémenter dans un produit fini, c'est une autre histoire. Ceci dit, je suis ouvert à ce genre de projet, et si Netflix vient un jour frapper à ma porte, je suis bien décidé à la leur ouvrir en grand !

Pour finir, peux-tu nous dire quels sont tes projets immédiats, et où aimerais-tu emmener Holon dans un futur proche ?
Je n'ai pas vraiment de plan très concret pour Holon, tu sais. Je continuerai à écrire et enregistrer de la musique aussi longtemps que la passion me guidera. Je ne dis pas non à tout, comme donner des concerts, signer sur un label, faire des vocaux, je suis ouvert aux possibilités. Mais comme je te l'ai dit, j'ai un travail et une famille dont je dois m'occuper, ce qui limite tout de même les aspirations que je pourrais avoir pour Holon.