& les Chroniques
Express
Pray For Sound
"Waves"
DATES | Sorti le 8 novembre 2019 | Publié le mardi 11 février 2020
POURQUOI | Post-Rock | Pochette
ET ALORS | Le post-rock compte presque autant de ramifications, de sous-genres et de crossovers que de formations qui en jouent. Celui que propose Pray For Sound possède ses spécificités et son originalité, porté par une frappe ample et tout en rondeur au service d'une écriture qui rappelle avec surprise celle de la pop plutôt que celle habituellement plus saccadée du genre dans lequel sont classés ses disques. Avec ses refrains joués à la guitare et à fredonner en toute circonstance, le quatrième album instrumental du groupe américain originaire de Boston ne laisse que peu d'espace dans ses compositions, telle une pop rock suivant le schéma couplet-refrain sans chanteur ni chanteuse qui n'aurait pas sa place ici. Le son est à rapprocher de celui des jeunes prodiges belges Endless Dive plutôt que de celui, plus neurasthénique, de Mogwai. Plus pop que post, ce rock étiqueté avec maladresse s'est installé à la frontière entre deux mondes que l'on n'aurait guère osé rapprocher, et pourtant quelle réussite lorsqu'il est organisé par de jeunes gens si talentueux.
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14/20
Quinquis
"Seim"
DATES | Sorti le 20 mai 2022 | Publié le samedi 30 juillet 2022
ET ALORS | C’est du bout des doigts et du bout des lèvres qu’Emilie Tiersen, de son nom de jeune fille Emilie Quinquis, donne vie à "Seim", un disque plein de mystères et de révélations, co-écrit et co-produit par Gareth Jones, véritable légende du son électronique que l’on ne présente plus. La production est évidemment très soignée, feutrée, comme préservée dans une délicate bulle d’espace temps inaltérable. Guidé par la lumières de l’ambient et rythmée la pulsation de la melantronica, "Seim" s’impose comme la musique des rêves. Un souffle, quelques notes de cordes de guitare tout juste pincées ici ou là, et voici que "Seim" devient également la musique des étoiles, celle qui, dans notre imagination, accompagne avec grâce le mouvement des constellations. Du bout des lèvres et du bout des doigts, Quinquis interprète exclusivement en breton des chansons d’une exquise fragilité : un murmure, une respiration, et ces douces mélodies deviennent autant de comptines portées par ces boucles électroniques à la mécanique discrète. Du bout des lèvres et du plus profond de son âme, Quinquis nous offre un disque remarquable qui célèbre la vie dans toute sa quiétude et sa sérénité.
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PRÉMO
14/20
Just Mustard
"Heart Under"
DATES | Sorti le 27 mai 2022 | Publié le lundi 25 juillet 2022
ET ALORS | Nous étions très impatients de découvrir "Heart Under", le second album des Irlandais de Just Mustard. Bien sûr, la référence à Cranes est évidente, mais si la voix de Katie Ball rappelle celle d’Alison Shaw, reconnaissons qu’elle est plus juvénile qu’enfantine. Quant à la structure de ses titres, le groupe s’inspire exclusivement de la période "Self-Non Self" de ses aînés, principalement pour le côté expérimental du son : brut, rêche, à des années-lumière d’une musicalité ordinaire ; en un mot : extraterrestre. Le génie de Just Mustard, c’est ce jeu de guitare non conventionnel qui relève de la performance de chaque instant : le groupe s’emploie à dénicher les sons les plus improbables qu’une guitare électrique puisse offrir, sans jamais jouer d’accord ni de véritable suite de notes, en se concentrant sur les vrombissements et autres dissonances tout au long de ses chansons. Car c’est bien de chansons dont il s’agit ici, et c’est à cela que fait certainement référence le titre même du disque : sous l’apparente rudesse de la musique, c’est à ce chant fragile, cet "Heart Under", qu’incombe la lourde tâche de transformer ces folles expérimentations sonores en chansons avec un remarquable talent du début à la fin du disque.
CONNEXE | Noise | Rock | Experimental | Cranes
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15/20
Lith
"Anthropocene"
DATES | Sorti le 29 janvier 2022 | Publié le vendredi 17 juin 2022
POURQUOI | Dark Ambient | France
ET ALORS | L’Anthropocène est l’époque géologique caractérisée par l’avènement de l'activité humaine prépondérante à tout autre facteur naturel qui prédominait jusque-là, et détermine le sort de notre planète tout entière. Et c’est cette réalité que décrit fort bien le nouvel album du Français David Vallée et son projet Lith, dont l’électronica brute, massive et tellurique, associée à des patterns rythmiques fouillés et complexes, imagine la bande-son d’un futur que l’humanité a déjà orienté, voire condamné. Sur les dix titres instrumentaux qui composent "Anthropocene", le ton est solennel et la palette sonore est inquiétante pour évoquer ce constat tragique. Dès son intro qui sonne comme une mise en garde, "Anthropocene" semble remonter aux premières heures de l’Homme sur Terre avec sa rythmique tribale, avant de nous entrainer dans la désolation d’un monde de ruines et de cendres, au moyen de titres sans équivoque. Pour rendre compte de la puissance de nuisance et de destruction dont fait preuve notre espèce, le musicien emprunte autant au dubstep qu’à l’industriel et à la dark ambient sur ce disque dont la finesse d’exécution n’a pas fini de révéler la tonne de détails sonores qui nous fascinent.
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16/20
Johnny Marr
"Fever Dreams Pts 1-4"
DATES | Sorti le 25 février 2022 | Publié le mercredi 25 mai 2022
ET ALORS | Jusqu’ici nous évoquions les sorties solo de Johnny Marr avec la déférence due à l’un des meilleurs guitaristes de sa génération, sans pour autant nous enthousiasmer plus que de raison, ses vies passées au sein de ses groupes successifs nous intéressaient alors plus que son actualité. Mais avec l’arrivée de "Fever Dreams Pts 1-4", sa carrière solo change clairement de trajectoire, car le disque contient ce qui manquait aux précédents opus du guitariste légendaire devenu chanteur : des chansons incroyables. Ce quatrième album s’écoute, au choix, d’une traite ou découpé en quatre EPs compilés, un format qui semble aujourd’hui retrouver ses lettres de noblesse. Seize titres sans un seul morceau faiblard, c’est dire le soin particulier apporté à la cohérence de ce double album aux refrains et aux riffs si accrocheurs. Nul doute que dorénavant, les setlists des futurs concerts du Mancunien pourront se passer de puiser dans les répertoires des Smiths, d’Electronic ou de Depeche Mode car "Fever Dreams Pts 1-4" regorge de chansons qui n’ont pas à rougir de celles de ces formations anglaises. "Fever Dreams Pts 1-4" est de ces disques dont on sait qu’il y a eu un avant et un après, et nous font très nettement préférer l’après.
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17/20
Bank Myna
"Volaverunt"
DATES | Sorti le 25 février 2022 | Publié le jeudi 07 avril 2022
POURQUOI | France | Dream Pop | Post-Rock
ET ALORS | Un album qui paraît simultanément sur cinq labels différents, en voilà situation inédite et réservée à "Volaverunt", le premier album de la formation française Bank Myna, dont le nom est celui, en anglais, d’un oiseau : le Martin des berges. Dès lors, il n’est pas étonnant de découvrir un chant féminin et franchement assuré, qui s’élève gracieusement au dessus des déchaînements orchestrés de "Volaverunt", sur ce post-rock tour à tour expérimental, sacré puis mécanique. Mystérieuse et puissante, la musique de Bank Myna possède un avantage irrésistible : cette voix dont l’apparente fragilité rivalise avec la pression de ce monolithe de cinq titres enchaînés qui composent un disque fascinant, encadré par l’interventions de cloches qui sonnent au début et à la fin, suggérant le passage d’un rite initiatique. Les intonations et le timbre de Maud Harribey font penser ici ou là à ceux de Lisa Gerrard, entrainés par une basse qui laboure tout sur son passage. Mariant avec audace dream pop, drone et post-rock expérimental, "Volaverunt" se révèle être un disque mystérieux et vraiment à part, d’une élégance et d’une puissance rares, pour lequel il fallait bien les efforts conjugués de cinq labels pour briller dans toute sa splendeur.
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PRÉMO
16/20
White Lies
"As I Try Not To Fall Apart"
DATES | Sorti le 18 février 2022 | Publié le mardi 22 mars 2022
POURQUOI | White Lies
ET ALORS | Au rythme très bien calé d’un album tous les trois ans, les White Lies savent prendre le temps, sans se brusquer, de composer et d’enregistrer des chansons aux couplets accrocheurs et aux refrains fédérateurs, avec l’aisance de ceux qui savent pertinemment que nous allons les fredonner pendant des mois dans les situations les plus banales possibles du quotidien. Avantagés par une section rythmique au groove assez unique, avec cette frappe vigoureuse et tellement minutieuse, tout en rondeur, et cette basse dont le coeur vrombit comme un moteur six cylindres, les Anglais enchaînent les titres comme autant de singles potentiels, appliqués ou décontractés. "As I Try Not To Fall Apart", leur sixième album, fait honneur à la discographie déjà riche d’un trio auquel il faut bien reconnaitre le goût du risque, et qui a très bien su, dès son second album "Ritual", se libérer de la formule un poil étriquée élaborée à ses débuts. Ce nouveau disque regroupe dix titres dont on mesure pleinement le soin apporté aux arrangements et à la production impeccable, afin qu’aucun ne ressemble à un autre, tout en gardant une cohésion parfaite. Un magnifique disque de pop rock comme on les adore : inspiré, varié, intelligent et sacrément addictif.
CONNEXE | Pop | Rock | Angleterre
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16/20
Hackedepicciotto
"The Silver Threshold"
DATES | Sorti le 12 novembre 2021 | Publié le lundi 21 février 2022
ET ALORS | "The Silver Threshold" est le quatrième album de Danielle de Picciotto et d’Alexander Hacke, le bassiste et pilier d’Einstürzende Neubauten. Commencé en 2017, le projet officiel du couple mêle habilement les spoken words et le violon de l’artiste américaine, au jeu de basse et aux expérimentations noisy de son partenaire allemand. Et la somme de leurs talents réunis va bien évidemment au delà de cette simple et triviale addition, le savoir-faire résultant confinant à la magie. Car c’est bien un univers parallèle, magique et intemporel que nous visitons en franchissant ce seuil d’argent, passage obligé pour un voyage dans des mondes habités et hantés. Danielle de Picciotto y récite ce qui ressemble à des formules invoquant des sorts provenant de quelqu'antiques grimoires, et voilà que des ritournelles médiévales interprétées à la vielle se retrouvent tout à coup propulsées en pleine ère industrielle. Le seuil qui donne son nom au disque semble connecter différents endroits et différentes époques, comme cette "Ouverture" qui fait cohabiter une scène bucolique et des hauts-fourneaux, ou encore les bourrasques d’"Evermore" qui enchainent avec le râle tellurique de "Babel". Un disque enivrant, troublant et sacrément envoûtant.
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14/20
Rhys Fulber
"Brutal Nature"
DATES | Sorti le 26 novembre 2021 | Publié le mardi 01 février 2022
ET ALORS | Il n’est plus vraiment nécessaire de présenter Rhys Fulber, car même si le musicien ne publie des disques sous son propre nom que depuis à peine cinq ans, cela en fait plus de trente qu’il ré-invente le son de Front Line Assembly et de ses multiples side-projects album après album. Son projet solo Conjure One entre parenthèse depuis 2015, le Canadien a sorti fin novembre son troisième album solo d’industrial techno d’un genre forcément nouveau : "Brutal Nature". Un déménagement loin de L.A. et un studio réduit l'ont conduit à enregistrer un disque plus intime que ses deux précédents, plus varié et plus méditatif, hormis l’anxiogène dernier titre réalisé en compagnie de Sarah Taylor (Youth Code) qui vient perturber un voyage dont la dynamique semblait parfaite depuis le début du programme. Ce "Brutal Nature" dont le titre exprime très justement une dualité rare, que l’on peut d’ailleurs ressentir dans cette alternance de rythmiques façon coup-de-poing et de passages ambient à la chaleur communicative, est une oeuvre bien plus complexe qu’aucune autre, truffées d’excellentes surprises et dont la richesse est essentiellement due à un savoir-faire et une finesse d’exécution exceptionnels. Un très beau disque à ne surtout pas manquer.
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15/20
We.The Pigs
"We.The Pigs"
DATES | Sorti le 26 novembre 2021 | Publié le lundi 24 janvier 2022
POURQUOI | Nom du groupe | Pochette
ET ALORS | Le premier album des Suédois de We.The Pigs est l’excellente surprise de la fin d’année dernière. Ce quintette originaire de Stockholm n’avait jusqu’ici enregistré que deux discrets singles, mais la sortie de "We.The Pigs" devrait changer la donne en ce qui concerne leur exposition au monde. Les chansons y sont efficaces et robustes, les influences sont héritées de l’indie rock à tendance noisy, shoegaze ou purement pop des 90s. Portés par un chant féminin aérien, We.The Pigs rejoint cette famille de jeunes talents que nous aimons et qui ne refusent pas quelques larsens lorsque l’occasion se présente ; on pense à Manon Meurt, à Pinkshinyultrablast, à Blankenberge ou encore à Be Forest, des formations qui ont essaimé dans toute l’Europe et dont la qualité des productions n’a rien à envier à celles qui créaient la sensation en Angleterre il y a plus de trente ans. Avec ce premier album pop, audacieux et bluffant, We.The Pigs, le pied sur les pédales d’effets, passe ce mur du son que nous adorons tant franchir avec ou sans casque, et délivre ici une sacrée collection cohérente et enivrante de chansons que l’on a envie de continuer de fredonner pendant longtemps. Reste tout de même un point qu’il faudra éclaircir : pourquoi ce drôle de nom ?
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17/20
Meta Meat
"Infrasupra"
DATES | Sorti le 15 septembre 2021 | Publié le mercredi 12 janvier 2022
POURQUOI | Meta Meat | Ant-Zen | Tribal
ET ALORS | C’est le second album qu’enregistrent ensemble Phil Von (Von Magnet) et Somekilos (2Kilos &More), et si nous étions déjà conquis par leur premier disque éponyme sorti il y a cinq ans, cet "Infrasupra" paru juste avant l’automne confirme que leur alchimie dépasse largement le cadre du side-project. Annoncé par la vidéo de "Trampled" à la chorégraphie sauvage et convulsée, le disque se construit sur des motifs rythmiques incroyables, et impose sa world music mutante, rituelle et tribale. En tout, ce sont dix instrumentaux qui nous donnent l’impression de transformer notre univers quotidien en gigantesque drum-kit, qui nous poussent à frapper sur tout ce qui nous tombe sur la main pour tenter de reproduire ces rythmes syncopés, plongés dans une transe si contagieuse qu’elle prend le contrôle du bout de nos doigts. Les motifs rythmiques qui s’empilent à mesure que chaque titre évolue sont d’une finesse remarquable, chaque couche supplémentaire complexifiant encore un peu plus ces boucles impossibles à recréer en tambourinant sur un coin de table. Avec "Infrasupra", Meta Meat fait du rythme pur un art capital, sans emphase ni fioritures, mais avec talent et raffinement, tout simplement. Un vrai régal.
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PRÉMO
17/20
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