L'essentiel

Chroniques Express
Lush

« Blind Spot »

[Edamame Records]

Chronique rédigée par Fred Thébault

publiée le jeudi 12 mai 2016 à 16h40

sorti le vendredi 22 avril 2016



L'amateur de rock qui a roulé sa bosse (traduction "vieux et blasé") a ingurgité depuis des lustres des milliers d'albums, et il connaît par coeur les chefs de file des divers mouvements qui se sont succédés au fil des ans. Son niveau d'exigence est aussi devenu proportionnel à la masse de ses connaissances, et son oreille est maintenant impitoyable, notamment quand un groupe disparu se reforme quinze ou vingt ans après avoir cessé toute activité. Que ce groupe se contente de refaire quelques concerts, et il est digne de son amour éternel, la cavalcade nostalgique n'ayant pas été ébranlée. Mais que ledit groupe, ô sacrilège, veuille reprendre les choses là où il les avait laissées (non mais quelle arrogance !) et il sera sans pitié. Dans les années 2000, une forte proportion de groupes des années 80 se sont reformés, et dans les années 2010, il semblerait que ce soit de plus en plus le cas de groupe des années 90. Nous parlons en l'occurrence ici de Lush, le groupe shoegaze le plus brillant de son époque, aux côtés de My Bloody Valentine, qui a délivré d'innombrables pépites ayant marqué la jeunesse du chroniqueur à la peau rêche et au poil dru. En 2016, Lush s'est reformé. Sans Chris Acland, suicidé et remplacé par le batteur d'Elastica, Justin Welch, mais toujours avec le trio de base : la belle Miki aux cheveux rouges redevenus noirs, l'âme créatrice du groupe Emma Anderson, et enfin Phil King, le bassiste arrivé après le premier album, en 1992. Le groupe s'est réuni et a accouché, à défaut d'un long format, d'un "Blind Spot" de seulement quatre titres. Son effet est immédiat : rien n'a changé. Et tellement rien, que le critique, blasé, perplexe, oscillera entre une joie toute naturelle doublée d'un grand "ouf" de soulagement (guitares parfaites, mélodies impeccables, rien de travers), et une déception aussi cruelle que les vingt années passées à attendre (c'est neuf, mais ce n'est pas nouveau, alors tant qu'à écouter Lush, autant revenir aux morceaux qui ont façonné sa jeunesse, on a autre chose à faire en 2016). Le lecteur de cette chronique choisira lui aussi son camp : s'il découvre Lush pour la première fois, il sera probablement séduit et enchanté par cette pop douce-amère brillante et originale, ce qui l'encouragera à se tourner très vite vers les albums originels. Si Lush lui est familier, ces quatre malheureux morceaux ne l'empêcheront pas de se dire que, quand même, c'était mieux avant, simplement parce qu'avant, c'était avant. Et que lorsqu'on prend de l'âge, la mélancolie et la nostalgie prennent le pas, souvent bien malgré soi, sur la raison.


Ce qu'on a aimé
Le grand retour du groupe
Faire vibrer la fibre nostalgique
La qualité toujours présente
Ce qu'on n'a pas aimé
Rien de bien neuf à l'horizon
Le manque de surprise
Seulement 4 titres
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TRACKLISTING
1. Out Of Control
2. Lost Boy
3. Burnham Beeches
4. Rosebud

DATES
Sorti le vendredi 22 avril 2016
Chroniqué le 12 mai 2016