L'essentiel

Chroniques Express
Ben Lukas Boysen

« Spells »

[Erased Tapes]

Chronique rédigée par Bertrand Hamonou

publiée le mardi 13 décembre 2016 à 08h17

sorti le vendredi 10 juin 2016



Depuis quelques années déjà, Ben Lukas Boysen explore sa propre schizophrénie, publiant tour à tour ses disques sous son propre nom, ou sous celui de Hecq, lequel l'a rendu célèbre dans l'univers en expansion de la musique électronique très haut de gamme. Chacun aura bien sûr remarqué qu'il réserve les bandes originales de films ("Mother Nature", "Restive") et ses compositions les plus intimistes ("Gravity", "Spells") aux disques publiés sous son patronyme civil, et sur lesquels il utilise le son brut de véritables instruments qui sonnent comme s'ils étaient joués live. Seulement, chez un tel puriste du son, il y a fort à parier qu'il s'agit là d'échantillons de qualité extrême de violons, de piano et de batterie qu'il a lui-même réalisés. Débarrassé de ses prérogatives de designer sonore en quête de sons inédits, Ben Lukas Boysen donne une importance que l'on ne lui connaissait pas au(x) silence(s) : "Spells" respire véritablement en chaque morceau qui le compose. En ouverture de l'album, le titre "The Veil" rappelle immédiatement "Iguazu", ce court et sublime instrumental à la guitare composé par le musicien argentin Gustavo Santaolalla, et que l'on trouve sur la bande originale de "The Insider". L'Allemand fait ensuite une allusion à peine masquée aux compositions de Philip Glass ou Yann Tiersen en faisant tourner des motifs sur quatre ou cinq notes ("Golden Times 1") jusqu'à en avoir le tournis. Lors d'une écoute studieuse, les plus attentifs remarqueront que les titres "Nocturne 3" et "Nocturne 4" étaient déjà présents sur "Gravity" il y a trois ans, dans des versions plus chargées, mais partageant cependant le même squelette ("Nocturne 1" et "Nocturne 2"). "Spells" apparaît alors tout à coup comme la version dépouillée de "Gravity", comme celle qui chez tout autre artiste aurait constitué le point de départ, la version zéro, celle qui donnerait ensuite lieu à des relectures plus étoffées, plus rondes, plus produites. En choisissant le chemin inverse, Ben Lukas Boysen nous emmène là où nous ne l’attendions pas, loin de ses recettes de production habituelles, et c’est là toute la nouveauté et la beauté de ce disque : avoir réussi à créer un album qui semble enregistré en une prise par un quartet acoustique. Un sacré tour de force de la part d’un génie sur Ableton Live.


Ce qu'on a aimé
L'ambiance de plénitude
La palette sonore inhabituelle
Le travail d'orfèvre des samples d'instruments classiques
Ce qu'on n'a pas aimé
Les similitudes avec "Gravity"
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BEN LUKAS BOYSEN
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TRACKLISTING
1. The Veil
2. Nocturne 3
3. Sleepers Beat Theme
4. Golden Times 1
5. Nocturne 4
6. Keep Watch
7. Golden Times 2
8. Selene

DATES
Sorti le vendredi 10 juin 2016
Chroniqué le 13 décembre 2016